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MARIE-SOPHIE : la précarité, c’est l’ombre de l’endométriose

Comme c’est le cas pour beaucoup d’Endogirls, l’endométriose m’a terrassée et m’a malheureusement rendue dépendante. J’ai commencé ma « carrière » de journaliste alors que j’étais très jeune, sur les chapeaux de roue. Après avoir eu mon diplôme, à l’âge de 22 ans, je travaillais à temps plein pour plusieurs magazines. Je pensais pouvoir faire une grande carrière, et pourquoi pas gravir quelques échelons. Et puis quelques années plus tard, tout s’est écroulé.

Certes, nous savons tous que le monde de la presse s’est effondré. Mais cela n’est pas la seule cause de mon propre effondrement. La maladie y est pour beaucoup. En effet, il est extrêmement difficile de mener une vie professionnelle « normale » quand vous êtes  ravagée par la douleur en permanence. Quand la fatigue vous immobilise comme une chape de plomb. Quand les chirurgies et traitements épouvantables vous font vivre un cauchemar pendant des semaines.

La seule façon pour moi de travailler est de le faire depuis chez moi. Heureusement, j’ai la chance d’avoir choisi une profession (ou plutôt plusieurs) que je peux exercer sur un ordinateur, depuis ma maison. Écrire et communiquer (journaliste, auteur, Community Manager). Écrire des articles de presse, des livres, créer des sites internet, gérer des communautés, et même faire la promotion de produits pour des entreprises. Malheureusement, cela ne me fait pas vivre. Mes revenus s’apparentent à de l’argent de poche, qui ne me permettent même pas de me payer tous mes médicaments. Evidemment, je ne cesse de chercher d’autres « missions », de postuler à d’autres emplois. Sans succès.

Techniquement, je vis donc bien en dessous du seuil de pauvreté. Heureusement, grâce à mon mari, j’ai un toit sur la tête, un lit bien chaud et de la nourriture dans le ventre (et dans celui de mes animaux). Mais qu’adviendra-t-il de moi lorsqu’il ne sera plus là ? Sans aide de l’état, sans retraite, et avec des dettes ? Je serai tout simplement à la rue, et bien sûr sans enfants pour s’occuper de moi.

Nous sommes tellement d’Endogirls dans ce cas… Trop malades pour travailler normalement, mais pas assez malades pour être reconnues en tant qu’handicapées ou recevoir une aide de l’état. Après tout, une endométriose cela ne se voit pas, et tout le monde sait que « les règles douloureuses c’est normal »… Certaines Endogirls arrivent à décrocher un travail à temps partiel. Mais cela n’est jamais suffisant pour subvenir à tous leurs besoins. Celles qui se battent contre la douleur et les terribles effets secondaires des traitements hormonaux en espérant conserver leur emploi à temps complet finissent souvent par craquer… Et celles qui ne peuvent tout simplement pas travailler se retrouvent à devoir « parasiter » quelqu’un, un conjoint, un père, une mère… quand elles ont la chance d’avoir ce quelqu’un.

La précarité, c’est l’ombre de l’endométriose. Elle la suit partout, prête à nous engloutir. Et quand elle y parvient, il fait si noir qu’on ne sait même plus s’il y a une lumière au bout du tunnel. Alors parfois, certaines Endogirls choisissent de fermer les yeux pour toujours, car elles savent qu’il fera toujours noir. D’autres imaginent percevoir des rayons de lumière. Alors elle essaient de les suivre, à tâtons, les yeux grands ouverts. Pour l’instant, je fais partie de celles-là. Car même s’il fait noir, mon coeur est encore plein de soleil. Mais pour combien de temps encore ?

Marie-Sophie Germain

Marie-Sophie Germain Tout afficher

Journaliste spécialisée en NAC au Magazine 30 Millions d’Amis depuis 20 ans, auteur de nombreux livres sur les NAC, créatrice des sites PassionCobaye.Com , NAC-Magazine.Com et MonEndometriose.net

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