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ESTELLE : entendre dire qu’on m’a rendue infertile restera la pire souffrance

Tout commence à l’aube de mes 12 ans. Je viens de découvrir les joies de devenir une femme. Je vais vite m’apercevoir que la réalité est toute autre.
Des douleurs importantes mais à ce qu’il paraît c’est normal. On me colle une pilule à mes 15 ans où effectivement ça va mieux… mais si de passer à ne plus se jeter par terre à encore pleurer de douleurs c’est allez mieux…. allons bon !
Les années passent et en 2014 avec l’accord du médecin (autres pathologies) nous décidons avec mon conjoint que j’arrête la pilule.

S’ensuivent de longs mois difficiles, douloureux et démoralisants. Les douleurs étaient exacerbées, à ne pas pouvoir gérer le quotidien. L’incompréhension s’installe en moi…. je ne tombe pas enceinte.
A cette période-là c’est toujours quand tu es au plus mal que les gens aiment y mettre du sien. J’aurais tout entendu : « Tu y penses trop c’est psychologique » ; « Tu es jeune tu as le temps » ; « Reparle à ta maman et tu verras ça va se débloquer » et la cerise sur le pompon en rigolant « Au pire y’a toujours l’adoption ». Je sais bien que les gens autour de soi veulent rester optimiste mais combien de personnes y mettent les formes ?

Tant de choses qui au bout d’un moment te font perdre la tête. Pendant longtemps j’ai pris sur moi en me résignant à essayer de faire abstraction à ce foutu jour où les deux barres du test allaient s’afficher…. mais en vain. Les douleurs, elles, étaient toujours là.
Au passage, je remercie du plus profond de mon cœur mon ancien gynécologue qui a si bien su m’écouter et conseiller : « mais enfin Estelle ça se verrait à l’échographie, vous avez un bel utérus, allez vite ce bébé ». Tu as beau insister dire que tu as mal mais non non non tu dois faire un bébé ! En attendant, à part avoir des kystes y’a eu rien d’autre !

Mais je me suis pas arrêtée avec lui. Un autre avis gynécologique me confirme que tout va pour le mieux, qu’on verrait tout à l’échographie. Il faudrait faire des tests au niveau de mon conjoint. L’impression d’être écoutée au niveau des douleurs étaient encore au top. C’est pas comme si on connaissait pas notre corps.

En octobre 2017 après trois ans et demi d’essais infructueux, je décide de prendre mon courage à deux mains et de prendre rendez-vous chez un gynécologue spécialisé en infertilité. Ce nouveau gynécologue, rien qu’en le voyant, j’ai su que ce jour-là allait être un tournant dans ma vie.
Après avoir regardé le seul examen (l’hystérosalpingographie rien que le nom fait peur et je vous assure qu’en plus de ce nom barbare ce n’était pas une partie de plaisir) fait par mon ancien gynécologue et décrit mes symptômes comme : menstruations douloureuses, nausées H24, rapports douloureux, maigreur, douleurs pendant l’ovulation, coliques et plusieurs passage aux urgences…
(Les urgences !!!! Ah les urgences ! Là où le mot hystéro prend tout son sens pour les médecins mais apparemment ils se sont mal renseignés sur l’étymologie !)

Une fois mon blabla terminé, verdict : suspicion d’endométriose.
Pas le choix, il faut passer au bloc. Et oui à l’échographie rien n’est fiable, l’IRM pas toujours il faut donc réaliser une cœlioscopie. L’opération est prévue pour fin novembre,  même pas 2 mois après le rendez-vous, mais cela parait interminable, il me tardait de savoir réellement… Vient alors l’opération, les suites de l’opération et le bilan post-opératoire.

Verdict final : endométriose sévère et profonde stade 4. Tout mon utérus est touché, les organes gynécologiques sont coincés et collés contre la paroi de l’utérus lui-même aussi touché. Un gros kyste est encore retrouvé. La vessie et également une partie du colon sont touchés. Être seule, face à face avec le médecin et entendre dire qu’on m’a rendue infertile restera la pire souffrance que j’aurais pu entendre…

Résultat à l’heure actuelle, je suis, à 27 ans, sous ménopause artificielle pendant 6 mois afin d’essayer de faire partir ce que l’opération n’a pas pu faire. Psychologiquement c’est difficile de se dire qu’à la fleur de l’âge, il n’y a pas d’autres alternatives pour accéder à un parcours médical pour espérer avoir la chance de pouvoir donner la vie. Le traitement est beaucoup plus lourd que je ne m’y attendais. Je n’ai pas le choix je dois supporter cet état de mal-être…

Difficile de vivre dans ce monde où tout est prétexte à se vanter en exposant sa famille…famille dont nous ne connaîtrons peut-être jamais la vraie signification.
Dernièrement on m’a dit qu’il n’y avait pas que moi qui avait des soucis. Mais pourquoi faire semblant que tout va bien ? Au fond de moi, je sais que beaucoup jugent mes plaintes mais c’est le quotidien de la maladie. Ma famille essaye de me comprendre, ma sœur sera toujours là pour m’aider, les amis se détachent parce qu’à force on n’a pas forcément le choix de se mettre en retrait et d’autres ne prennent même plus la peine de nous écouter.

La seule et véritable personne à être à l’écoute et comprendre est la personne avec qui je vis au quotidien. Plus besoin de faire semblant, les masques tombent et le traumatisme est permanent. Même si lui n’a pas les douleurs physiques il est le seul à pouvoir ressentir la détresse à ne pas pouvoir m’aider à créer la vie.

Qui sont tous ces gens à juger ? Seules les personnes qui vivent ce traumatisme peuvent prétendent à ressentir ce que nous vivons. Imaginez-vous une seule seconde le sentiment de honte et de culpabilité pour une femme de ne pas pouvoir donner la vie naturellement ?

Aujourd’hui je n’espère plus rien…. la chute a été trop brutale…
Si la vie nous offre ce bébé il ne sera pas désiré mais tout simplement le fruit du véritable amour.

Estelle, 27 ans.

Marie-Sophie Germain Tout afficher

Journaliste spécialisée en NAC au Magazine 30 Millions d’Amis depuis 20 ans, auteur de nombreux livres sur les NAC, créatrice des sites PassionCobaye.Com , NAC-Magazine.Com et MonEndometriose.net

2 réponses sur « ESTELLE : entendre dire qu’on m’a rendue infertile restera la pire souffrance » Laisser un commentaire

  1. Avec ma femme nous vivons ce problème et j’ai peur que le gynéco n’ait pas été jusqu’au bout du problème… Je compatis avec votre douleur…. Je me suis retrouvé dans tout ce que vous avez dit… Courage.

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